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Photographie
Histoire d'un monde sans Hommes

J'ai attendu que l'année se termine pour regarder dehors. Derrière les volets qui m'avaient protégé, entre temps le monde avait disparu.

Une lumière aveuglante. J'ai dû écouter. Un silence inhabituel. Plus un bruit, les cris étaient terminés.

J'ai attendu quelques jours avant de ressortir. Le besoin d'agir devait remplacer la peur. Après plusieurs nuits bloqué par l'angoisse, enfin quelques pas dehors. Je découvre un monde sans vous.

A l'extérieur, la douleur est partout. Pour avancer, je m'accroche aux murs. Je regarde droit devant sans remarquer ce qui me fait trébucher.

Des rues, des places, des trottoirs. Vides. Une ville déserte.
Et les Hommes ? Concernant les Hommes, rien que des restes.
Et les Hommes ? Concernant les Hommes, rien que des restes.

Des logements, de bureaux. Un immeuble inhabité.
A l'hôpital, plus rien. Des murs blancs, des couloirs vides.
A l'hôpital, plus rien. Des murs blancs, des couloirs vides.

Des enseignes rouillées, des machines qui pourrissent.
De l'argent sur un comptoir. Je passe mon chemin.
De l'argent sur un comptoir. Je passe mon chemin.

Des boutiques pillées. Pour la nourriture, les médicaments. Pour autre chose aussi. La ville tombe en ruine à une vitesse étonnante.

Je cherche à comprendre.
Un kiosque abandonné. Comme moi. Au milieu de lambeaux, de papiers déchirés, les titres des journaux me laissent sans réponse.
Un kiosque abandonné. Comme moi. Au milieu de lambeaux, de papiers déchirés, les titres des journaux me laissent sans réponse.

Déçu, je vais jusqu'à franchir les portes de Notre-Dame. A l'époque déjà, les églises me paraissaient inutiles. Dans un monde sans Hommes, c'est encore plus vrai.

Dernier témoin d’une humanité qui s’est débattue, je remarque un message inscrit sur le mur d’un bâtiment public. J’imagine celui qui a écrit ces mots. Sa colère était sans doute sincère. Elle était vaine aussi, je le sais maintenant. Parmi toutes les utopies, celle qu’il avait choisie devait mettre fin à sa vie.

Le temps passe. Chaque jour je parcours les décombres. Avec un appareil photo pour trouver le courage d'affronter le monde. Pour voir les ruines, les débris qui s'entassent derrière un objectif. La ville à vomir.
Pourquoi photographier un monde vide ?
Pourquoi photographier un monde vide ?

Je me suis surpris à parler tout seul aujourd'hui. Réfléchir à haute voix, exprimer ces émotions, sans les partager... J'ai fini par hurler avant de me taire.
Et moi qui croyais être seul avant.
Et moi qui croyais être seul avant.

Hanter le monde. Des marches quotidiennes qui provoquent les rêves.
Ma conscience... la dernière. Après moi plus personne pour songer.
Ma conscience... la dernière. Après moi plus personne pour songer.

Je retourne chez le photographe, son vieux magasin était intact. J'ai pris du matériel pour tirer mes photos.
Il reste tant de paysages à photographier.
Tout est tellement calme, presque reposant.
Il reste tant de paysages à photographier.
Tout est tellement calme, presque reposant.

Aujourd'hui, j'ai dû rêver en regardant mes tirages.
A mon retour, les réponses étaient là...
A mon retour, les réponses étaient là...

La vie n'a pas besoin d'explication. Elle existe dans le néant parmi les valeurs imposées par l'imagination.

Mais une telle existence ne sert à rien. Les Hommes ont imaginé tant de choses pour essayer de comprendre. Comme eux, je dois donner du sens à ce que je vois. Continuer à créer, voilà notre raison de vivre.
En photographiant la vie qui a disparu, je cherche à retrouver le sens. Jusqu'à la fin, photographier pour exister, pour permettre à l'humanité de survivre.
En photographiant la vie qui a disparu, je cherche à retrouver le sens. Jusqu'à la fin, photographier pour exister, pour permettre à l'humanité de survivre.
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